Conforme au RGPD, êtes-vous conforme à la loi 09-08 ?

La question se pose dans les deux sens, et la réponse est la même : non. Une filiale alignée sur les procédures RGPD de son siège n’a souvent rien déclaré à la CNDP. Et le Maroc n’étant pas reconnu adéquat par la Commission européenne, chaque flux de données entre l’Union et le Maroc doit être juridiquement encadré, dans un sens comme dans l’autre.

En bref

Le RGPD n’est pas le droit applicable au Maroc : c’est la loi 09-08. Le règlement européen s’impose toutefois à une entreprise marocaine dès qu’elle offre des biens ou services à des personnes se trouvant dans l’Union, qu’un paiement soit exigé ou non, ou qu’elle suit leur comportement au sein de l’Union. Et le Maroc ne figurant pas parmi les pays reconnus adéquats par la Commission européenne, chaque flux de données entre l’UE et le Maroc doit être juridiquement encadré, dans les deux sens.

Avertissement

Cette page compare deux régimes juridiques dans leurs grandes lignes, à destination des responsables d’entreprise. Elle ne constitue pas un avis juridique. Un projet impliquant des transferts de données entre le Maroc et l’étranger mérite un conseil dédié.

Le RGPD s’applique-t-il au Maroc ?

Non, pas en tant que droit national. Le Règlement général sur la protection des données est un texte de l’Union européenne. Au Maroc, le texte applicable est la loi n° 09-08, complétée par son décret d’application n° 2-09-165, et son application est contrôlée par la CNDP.

La CNDP a pour objectif principal de veiller au respect des libertés et droits fondamentaux des personnes physiques à l’égard des traitements de données personnelles. Ses missions s’articulent autour de cinq axes : information et sensibilisation, conseil et proposition, protection, contrôle et investigation, veille juridique et technologique. C’est elle qui reçoit les déclarations de traitement, les demandes d’autorisation préalable et les demandes de transfert de données à l’étranger.

La confusion entre les deux textes est fréquente parce que le RGPD est beaucoup plus médiatisé, et parce qu’ils partagent la même philosophie : la personne garde la maîtrise de ses données, celui qui les traite s’en explique. Mais les obligations concrètes diffèrent, et se croire en règle au Maroc parce qu’on a « fait le RGPD » est une erreur courante, qui se découvre en général au pire moment : lors d’un contrôle ou d’un audit client.

Les trois cas où il vous concerne

Le RGPD a une portée extraterritoriale, définie par son article 3 : il suit les personnes qui se trouvent dans l’Union plutôt que les frontières. Il vise expressément les responsables de traitement et les sous-traitants non établis dans l’UE. Les critères d’application sont détaillés par les lignes directrices 3/2018 du Comité européen de la protection des données, adoptées dans leur version finale le 12 novembre 2019. Trois situations rendent le règlement applicable à une entreprise marocaine.

1. Vous offrez des biens ou services à des personnes dans l’UE

Un hôtel de Marrakech qui commercialise ses séjours auprès de clients français, un e-commerçant qui livre en Belgique, un éditeur qui distribue une application à un public européen : dès lors que l’offre vise des personnes se trouvant dans l’Union, le règlement s’applique aux données de ces personnes. Le texte précise que le critère joue « qu’un paiement soit exigé ou non » (considérants 23 et 24) : la gratuité du service ne protège de rien.

2. Vous suivez leur comportement au sein de l’Union

Analyse d’audience, ciblage publicitaire, profilage des visiteurs d’un site consulté depuis l’Europe : le suivi comportemental suffit à déclencher l’application du texte, dans la mesure où il s’agit du comportement de ces personnes au sein de l’Union.

3. Vous traitez des données pour un client européen

C’est le cas le plus fréquent au Maroc, et le plus structurant économiquement : centres d’appels de Casablanca, back-offices bancaires, prestataires informatiques, sociétés d’ingénierie travaillant pour un groupe européen. Le donneur d’ordre est responsable de traitement, le prestataire marocain est sous-traitant, et le contrat de sous-traitance lui transfère les obligations du règlement, que les audits fournisseurs viennent ensuite vérifier sur place.

Pourquoi cela touche l’accueil

Un groupe européen qui audite son sous-traitant marocain regarde aussi le contrôle des accès physiques : qui entre sur le site où ses données sont traitées, comment c’est tracé, combien de temps la trace est conservée. Un cahier d’accueil ouvert sur un comptoir devient alors un point d’audit, pas un détail d’intendance.

Face à un auditeur européen, la traçabilité des accès physiques se démontre sur pièces : chaque passage est horodaté et le journal s’exporte en un clic. Données de démonstration.

Le Maroc et l’adéquation européenne

Être soumis au RGPD est une chose ; faire circuler des données entre l’Union et le Maroc en est une autre. Sur la base de l’article 45 du règlement, c’est la Commission européenne qui constate qu’un pays tiers offre un niveau de protection adéquat. L’effet d’une telle décision est puissant : les données peuvent alors circuler depuis l’UE, la Norvège, le Liechtenstein et l’Islande vers ce pays sans aucune garantie supplémentaire, comme s’il s’agissait d’une transmission intra-européenne.

Le Maroc ne figure pas sur la liste des pays reconnus adéquats, qui va d’Andorre à l’Uruguay en passant par le Japon, la Suisse et le Royaume-Uni. La conséquence est directe : tout flux de données de l’UE vers le Maroc doit être encadré par un outil juridique dédié, clauses contractuelles types adoptées par la Commission, règles d’entreprise contraignantes (BCR), ou dérogations de l’article 49 réservées à des situations particulières.

Ces encadrements se renégocient au rythme de la jurisprudence : l’arrêt « Schrems II » du 16 juillet 2020 a invalidé le Privacy Shield qui couvrait les flux vers les États-Unis, et il a fallu attendre le 10 juillet 2023 pour qu’une nouvelle décision d’adéquation américaine soit adoptée. Pour un sous-traitant marocain, cela se traduit très concrètement : le donneur d’ordre annexe les clauses contractuelles types au contrat, y décrit les mesures de sécurité, et vient les auditer, y compris le contrôle des accès au site.

La règle marocaine, encadrée dans le texte. Elle est symétrique de celle de l’Union : chacun exige un niveau de protection suffisant de l’autre côté de la frontière.
La liste officielle des pays reconnus adéquats, relevée le 13 août 2026 sur le site de la Commission européenne. Le Maroc n’y figure pas, et c’est toute la difficulté des flux entre l’Union et le Royaume.

Sortir des données du Maroc

La loi 09-08 raisonne en miroir : elle encadre les données qui quittent le Maroc. Le transfert de données personnelles à l’étranger n’est possible que vers un pays figurant sur la liste établie par la CNDP. Hors de cette liste, il faut le consentement exprès de la personne concernée ou l’un des cas limitativement énumérés par la loi (sauvegarde de la vie, intérêt public, exécution d’un contrat, entraide judiciaire, soins médicaux…), un accord international, ou une autorisation expresse de la CNDP fondée notamment sur des clauses contractuelles ou des règles internes d’entreprise.

En pratique, la demande d’autorisation suit un ordre précis :

  1. le traitement sous-jacent doit déjà avoir été déclaré à la CNDP ou autorisé par elle, faute de quoi la demande de transfert ne peut pas aboutir (voir notre guide de la déclaration) ;
  2. la demande de transfert se dépose via le formulaire F118 ;
  3. la CNDP notifie son avis dans un délai de 2 mois, prorogeable une seule fois.

Le cloud européen est un transfert

Héberger chez un prestataire européen des données collectées au Maroc est un transfert à l’étranger au sens de la loi 09-08, soumis à la procédure ci-dessus. Le réflexe « on héberge en Europe, donc tout va bien » couvre le versant européen du problème et oublie entièrement le versant marocain.

La définition marocaine des données sensibles, mot pour mot. La liste est plus courte que celle du règlement européen, ce que le comparatif ci-dessous détaille.

Loi 09-08 et RGPD : le comparatif

SujetLoi 09-08 (Maroc)RGPD (Union européenne)
Formalité préalableDéclaration à la CNDP avant mise en œuvre ; autorisation pour les données sensiblesSupprimée, remplacée par une documentation interne que l’entreprise doit pouvoir produire
Autorité de contrôleCNDPAutorité nationale de chaque État membre (CNIL en France, par exemple)
Base du traitementConsentement, ou cas prévus par la loiPlusieurs bases légales, dont l’intérêt légitime
Transfert vers l’étrangerPays de la liste CNDP, consentement exprès, ou autorisation expresse de la CNDP (formulaire F118, avis sous 2 mois)Libre vers les pays reconnus adéquats ; sinon clauses contractuelles types, BCR ou dérogations de l’article 49
Droit d’accès et de rectificationOuiOui
Droit à l’effacementPas d’équivalent directOui, sous conditions

Les différences qui piègent

La déclaration reste obligatoire au Maroc

C’est le piège numéro un pour une entreprise qui a d’abord travaillé sa conformité RGPD. Le règlement européen a supprimé la déclaration préalable ; la loi 09-08 l’a gardée. Une filiale marocaine d’un groupe européen, parfaitement alignée sur les procédures du siège, peut ainsi n’avoir jamais rien déclaré à la CNDP. Et la sanction est en cascade : sans traitement déclaré, aucune autorisation de transfert ne peut être obtenue.

Le droit à l’effacement n’a pas d’équivalent

Une entreprise marocaine n’est pas tenue de supprimer une ligne de registre de sécurité parce qu’un visiteur le demande. Attention toutefois : si cette même entreprise est sous-traitante d’un client européen, le contrat peut lui imposer contractuellement ce que la loi marocaine n’exige pas.

Les bases légales ne se recouvrent pas

Le RGPD permet de fonder un traitement sur l’intérêt légitime, commode pour la sécurité d’un site. La loi 09-08 s’articule davantage autour du consentement et des cas prévus par la loi. Transposer mécaniquement un raisonnement européen fondé sur l’intérêt légitime peut donc laisser un traitement sans fondement solide au Maroc.

Se conformer aux deux

Votre situationCe qui vous manque probablement
Conforme RGPD, filiale d’un groupe européenLa déclaration à la CNDP, et l’autorisation de transfert (formulaire F118) si vos données remontent vers le siège ou vers un hébergement hors du Maroc. Vos procédures peuvent être irréprochables sans qu’aucune de ces deux formalités n’ait jamais été accomplie.
Conforme loi 09-08, sous-traitant d’un client européenLes clauses contractuelles types annexées au contrat (le Maroc n’étant pas reconnu adéquat, votre client en a besoin), la documentation interne de vos traitements, et la capacité à répondre à une demande d’effacement que votre contrat vous impose même si la loi marocaine ne la connaît pas.
Les deux vous concernentPrendre l’exigence la plus stricte de chaque côté, ce que détaille la liste ci-dessous.

Pour une entreprise concernée par les deux régimes, la méthode qui fonctionne consiste à prendre l’exigence la plus stricte de chaque côté :

  • déclarer à la CNDP, exigence marocaine, absente du RGPD ;
  • documenter ses traitements en interne, exigence européenne, et bonne pratique au Maroc qui rend la déclaration beaucoup plus simple à remplir ;
  • encadrer chaque flux transfrontalier : clauses contractuelles types côté européen, autorisation de la CNDP côté marocain ;
  • fixer des durées de conservation et les appliquer réellement ;
  • être capable d’extraire et de corriger les données d’une personne rapidement.

Sur le terrain, ce dernier point est celui qui distingue une conformité réelle d’une conformité de papier, et c’est celui qu’un cahier d’accueil rend impossible : voir le guide du registre des visiteurs. La façon dont entrer.ma applique ces exigences à l’accueil des visiteurs est détaillée sur la page conformité CNDP.

Sources

Questions fréquentes

Le RGPD s’applique-t-il aux entreprises marocaines ?

Pas en tant que droit national : le texte applicable au Maroc est la loi 09-08, contrôlée par la CNDP. Le RGPD a toutefois une portée extraterritoriale définie par son article 3 : il s’applique à une entreprise marocaine dès lors qu’elle offre des biens ou services à des personnes se trouvant dans l’Union européenne, qu’un paiement soit exigé ou non, ou qu’elle suit leur comportement au sein de l’Union. Les critères précis sont détaillés par les lignes directrices 3/2018 du Comité européen de la protection des données, adoptées le 12 novembre 2019.

Quelle est la loi marocaine équivalente au RGPD ?

C’est la loi n° 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel, complétée par son décret d’application n° 2-09-165. Son application est contrôlée par la CNDP, qui reçoit les déclarations de traitement, les demandes d’autorisation préalable et les demandes de transfert de données à l’étranger. Le site de la CNDP publie le texte de la loi et l’ensemble des formulaires.

Quels sont les pays reconnus adéquats par la Commission européenne ?

Sur la base de l’article 45 du RGPD, la Commission européenne a reconnu adéquats : Andorre, l’Argentine, le Brésil, le Canada (organisations commerciales), les îles Féroé, Guernesey, Israël, l’île de Man, le Japon, Jersey, la Nouvelle-Zélande, la République de Corée, la Suisse, le Royaume-Uni, les États-Unis (organisations adhérant au Data Privacy Framework), l’Uruguay et l’Organisation européenne des brevets. Le Maroc n’y figure pas : un transfert de données depuis l’Union vers le Maroc doit donc être encadré par des clauses contractuelles types, des règles d’entreprise contraignantes ou une dérogation de l’article 49.

Qui assure la protection des données personnelles au Maroc ?

La CNDP, Commission Nationale de contrôle de la protection des Données à caractère Personnel. Elle a pour objectif principal de veiller au respect des libertés et droits fondamentaux des personnes physiques à l’égard des traitements de données, avec des missions organisées en cinq axes : information et sensibilisation, conseil et proposition, protection, contrôle et investigation, veille juridique et technologique. C’est auprès d’elle que se font les déclarations de traitement et les demandes d’autorisation de transfert à l’étranger.

Un hébergement en Europe suffit-il à être conforme ?

Non, dans aucun des deux sens. Côté marocain, envoyer des données collectées au Maroc vers un serveur situé en Europe est un transfert à l’étranger au sens de la loi 09-08 : il suppose une autorisation de la CNDP via le formulaire F118, accordée seulement si le traitement sous-jacent a déjà été déclaré. Côté européen, le lieu d’hébergement ne dispense ni de l’information des personnes, ni de la minimisation des données collectées, ni de l’encadrement contractuel des sous-traitants.