Registre des visiteurs : obligations, contenu et bonnes pratiques

Aucun texte général n'impose de tenir un registre des visiteurs. Ce sont la sécurité du site, les exigences des donneurs d'ordre et les obligations sectorielles qui le rendent nécessaire, et dès qu'il existe, il devient un traitement de données personnelles à part entière.

En bref

Aucun texte général n’impose un registre des visiteurs à toutes les entreprises marocaines. Il devient nécessaire quand une réglementation sectorielle l’exige, quand un client l’impose par contrat, ou quand l’employeur doit prouver qu’il maîtrise les accès à son site. Dès qu’il existe, il relève de la loi 09-08.

Est-il obligatoire ?

La réponse honnête est : pas en tant que tel. Il n’existe pas d’article qui dirait « toute entreprise tient un registre de ses visiteurs ». En revanche, trois chemins y conduisent, et ils couvrent la majorité des sites professionnels.

1. Une exigence sectorielle

Certains environnements imposent la traçabilité des accès : sites industriels classés, zones portuaires et aéroportuaires, établissements de santé, sites bancaires, data centers. Le registre y est un élément du dispositif de sûreté, contrôlé lors des audits.

2. Une exigence contractuelle

C’est le cas le plus fréquent, et le plus sous-estimé. Un donneur d’ordre, souvent un groupe international, impose à ses fournisseurs de tracer les entrées sur site. La clause figure dans le contrat ou dans le protocole de sécurité, et son non-respect se paie lors de l’audit fournisseur.

3. L’obligation de sécurité de l’employeur

L’employeur répond de la sécurité des personnes présentes sur son site. En cas d’accident ou d’évacuation, savoir combien de personnes extérieures se trouvent dans le bâtiment n’est pas une commodité administrative : c’est ce qui permet de dire aux secours si quelqu’un manque.

À quoi il sert vraiment

Un registre n’a d’intérêt que si on peut s’en servir. Trois usages justifient son existence, et chacun impose une contrainte concrète sur la façon de le tenir.

UsageQuestion à laquelle il doit répondreCe que ça impose
ÉvacuationQui est encore dans le bâtiment, maintenant ?La liste doit être consultable en temps réel, et les sorties réellement enregistrées
Enquête après incidentQui était présent tel jour, entre telle et telle heure ?L’horodatage doit être fiable et non modifiable a posteriori
Preuve de conformitéPouvez-vous démontrer que vous maîtrisez vos accès ?Le registre doit être extractible et présentable à un auditeur

Le point faible universel : la sortie

Presque tous les registres sont fiables à l’entrée et faux à la sortie. Les visiteurs partent sans repasser à l’accueil, et le cahier laisse croire que le bâtiment contient quarante personnes extérieures un vendredi à 20 h. Un registre dont les sorties ne sont pas tenues ne sert à rien le jour où il faudrait s’en servir.

Ce qu’il doit contenir

Le principe de minimisation de la loi 09-08 commande de partir du minimum et de n’ajouter que ce qu’on peut justifier. Pour la grande majorité des sites, cinq champs suffisent.

ChampPourquoi il est nécessaire
Nom et prénomIdentifier la personne présente en cas d’incident
Société d’appartenanceRattacher la visite à un fournisseur ou à un client
Personne visitéeSavoir qui, en interne, répond de la présence du visiteur
Heure d’arrivéeÉtablir la présence sur site
Heure de départSavoir qui est encore présent, le champ le plus souvent manquant

À cela s’ajoute une mention d’information visible au moment de la saisie : qui collecte, pour quelle finalité, combien de temps, et comment exercer ses droits. Ce n’est pas une formalité décorative, c’est ce qui rend la collecte loyale au sens de la loi.

Les cinq champs suffisants d’un registre de visiteurs, opposés aux quatre champs à écarter : numéro de CIN, motif détaillé, commentaire libre et signature.SuffisantNom et prénomSociétéPersonne visitéeHeure d’arrivéeHeure de départÀ écarterNuméro de CINbascule en autorisationMotif détaillérisque de donnée sensibleCommentaire libreincontrôlableSignaturedonnée biométrique de fait
Cinq champs suffisent à la finalité de sécurité. Les quatre autres ajoutent une obligation sans ajouter d’utilité.

Ce qu’il ne doit pas contenir

Chaque champ supplémentaire est une donnée à protéger, à déclarer et à justifier. Les quatre suivants sont réclamés par habitude bien plus que par nécessité.

Le numéro de CIN vous impose une autorisation préalable

C’est le point que presque personne ne connaît, et il change la nature de votre obligation. La CNDP range les traitements comportant le numéro de la carte d’identité nationale parmi ceux soumis à autorisation préalable, au même rang que les données de santé ou les opinions politiques.

Autrement dit : un registre qui relève le nom, la société et l’heure d’arrivée se déclare avec le formulaire F211 et le récépissé tombe en 24 heures. Le même registre auquel on ajoute une colonne CIN sort du régime de la déclaration et exige une demande d’autorisation, dont l’instruction est bien plus longue. Une colonne de plus, une procédure entièrement différente.

  • Le numéro de CIN. Outre la formalité qu’il déclenche, il n’ajoute rien à la finalité de sécurité dans la plupart des sites, et c’est la donnée dont la fuite est la plus dommageable. À réserver aux environnements où une réglementation l’exige réellement.
  • Le motif détaillé de la visite. « Rendez-vous avec M. X » suffit. Le détail peut révéler une information commerciale confidentielle, voire une donnée de santé quand la visite concerne l’infirmerie.
  • La zone de commentaire libre. Elle finit toujours par contenir ce qu’on ne voulait pas collecter. Si elle existe, elle doit être déclarée, et sa conformité devient impossible à garantir.
  • La signature manuscrite systématique. Elle est rarement utile et constitue une donnée biométrique de fait.
Les deux règles qui commandent un registre, encadrées dans le texte : ne collecter que le nécessaire, et ne pas conserver au-delà de la finalité.

Combien de temps le conserver

La loi 09-08 ne fixe pas de durée chiffrée pour ce type de registre. Elle pose un principe : les données ne sont pas conservées au-delà de ce que la finalité justifie.

En pratique, l’entreprise doit fixer une durée, l’écrire, la déclarer et la respecter. Une durée définie et tenue vaut mieux qu’une conservation indéfinie qu’on n’a jamais interrogée. La durée retenue se justifie par l’usage réel : si le registre sert à instruire un incident, elle doit couvrir le délai pendant lequel un incident peut être révélé.

Attention à la confusion avec le RGPD

Le « droit à l’effacement » du RGPD européen n’a pas d’équivalent direct en droit marocain. Une entreprise marocaine n’est donc pas tenue de supprimer une ligne de registre à la demande d’un visiteur. Elle reste en revanche tenue de purger le registre selon la durée qu’elle s’est fixée.

Le même registre tenu à l’écran : qui est attendu, qui est dans les murs, qui est parti. La liste d’évacuation est juste à tout instant. Données de démonstration.

Le problème du registre papier

Le cahier posé sur le comptoir est encore la norme dans beaucoup d’entreprises. Il pose trois problèmes distincts, dont un seul relève de la conformité.

Il expose les données

Chaque visiteur lit la page ouverte : le nom du précédent, sa société, souvent son numéro de téléphone. C’est une divulgation à un tiers non autorisé, et c’est le manquement le plus facile à constater lors d’un contrôle.

Il n’est pas exploitable

Retrouver toutes les visites d’une personne sur six mois suppose de feuilleter six mois de cahier. Une demande de droit d’accès devient une corvée, et une évacuation ne peut pas s’appuyer dessus.

Il révèle vos flux à vos visiteurs

C’est un problème commercial plutôt que juridique, mais il compte : un fournisseur qui attend à l’accueil lit le nom de vos autres fournisseurs, et déduit qui vous consultez.

Passer au registre numérique

Le numérique ne rend pas conforme par lui-même. Il rend simplement possible ce que le papier interdit :

Un registre numérique conserve chaque événement horodaté et exportable. C’est ce qui rend une demande d’accès traitable en quelques secondes, là où un cahier suppose de feuilleter des mois d’archives.
  • chaque visiteur ne voit que sa propre saisie ;
  • l’accès aux données est limité aux personnes habilitées, et tracé ;
  • la durée de conservation est appliquée automatiquement plutôt que théorique ;
  • l’extraction des données d’une personne, en cas de demande d’accès, prend quelques secondes ;
  • les sorties non enregistrées peuvent être clôturées automatiquement en fin de journée, ce qui donne enfin un registre juste.

Si vous partez d’un cahier, commencez par le modèle de registre conforme que nous mettons à disposition gratuitement : il liste les bons champs et la mention d’information à afficher. Vous pourrez ensuite regarder ce qu’apporte un logiciel de gestion des visiteurs.

Sources

Questions fréquentes

Le registre visiteurs est-il obligatoire pour les entreprises ?

Aucune obligation générale n'impose un registre des visiteurs à toutes les entreprises. Il devient obligatoire en pratique dans trois cas : lorsqu'une réglementation sectorielle l'exige (sites classés, zones portuaires ou aéroportuaires, établissements de santé), lorsqu'un donneur d'ordre l'impose contractuellement, ou lorsque l'employeur doit démontrer qu'il maîtrise les accès à son site au titre de son obligation de sécurité.

Qu’est-ce qu’un registre de présence ?

Un registre de présence recense les personnes présentes sur un site à un instant donné. Le registre des visiteurs en est la partie consacrée aux personnes extérieures, par opposition au pointage qui concerne les salariés. En cas d'évacuation, c'est la réunion des deux qui permet de savoir qui doit être retrouvé.

Que doit contenir un registre des visiteurs ?

Le minimum utile tient en cinq champs : nom et prénom du visiteur, société d'appartenance, personne visitée, heure d'arrivée, heure de départ. Tout champ supplémentaire doit être justifié par la finalité de sécurité, le numéro de CIN, l'immatriculation ou le motif détaillé de la visite ne le sont que rarement.

Un registre des visiteurs papier est-il conforme à la loi 09-08 ?

Rarement. Un cahier posé sur un comptoir laisse chaque visiteur lire les données du précédent, ce qui constitue une divulgation à des tiers non autorisés. Le format papier n'est pas interdit en soi, mais il doit être tenu hors de vue des visiteurs, ce qui suppose une saisie par l'agent d'accueil.

Combien de temps conserver un registre des visiteurs ?

La loi 09-08 ne fixe pas de durée chiffrée. Le principe applicable est celui d'une conservation limitée à ce que la finalité justifie. L'entreprise doit fixer une durée par écrit, la déclarer à la CNDP et s'y tenir, une durée définie et respectée vaut mieux qu'une conservation indéfinie non motivée.