Déclaration CNDP : formulaires, délais et procédure

Tout traitement de données personnelles doit être déclaré à la CNDP avant sa mise en œuvre. Le récépissé est délivré sous 24 heures, mais la Commission dispose de 8 jours pour requalifier votre déclaration en autorisation préalable.

En bref

Déclarer un traitement à la CNDP consiste à décrire, avant sa mise en œuvre, sa finalité, les données collectées, leurs destinataires et leur durée de conservation. Le formulaire dépend du cas : F211 pour une déclaration normale, F214 pour une déclaration simplifiée, F112 ou F113 lorsqu’une autorisation préalable est exigée. Le récépissé est délivré sous 24 heures.

Avertissement

Cette page synthétise les procédures publiées par la CNDP à la date indiquée. Les formulaires et les modalités évoluent : reportez-vous toujours à la page Procédures de notification de la Commission avant de déposer, et faites-vous accompagner pour un traitement sensible.

Déclaration ou autorisation ?

C’est la première question, et elle change la nature de la démarche. La loi 09-08 pose un principe simple : tous les traitements doivent être déclarés, sauf ceux qui sont exclus du champ d’application de la loi, ceux qui en sont dispensés, et ceux qui relèvent de l’autorisation préalable.

RégimeQuand il s’appliqueCe que ça implique
Déclaration préalableTraitements courants : fichier clients, gestion du personnel, registre de visiteurs sans donnée sensibleDépôt d’un dossier descriptif. Récépissé sous 24 heures.
Déclaration simplifiéeTraitement conforme à une décision ou une délibération déjà adoptée par la CNDPFormulaire allégé, renvoyant au texte de référence
Autorisation préalableDonnées sensibles, numéro de CIN, infractions, détournement de finalité, interconnexion de fichiersInstruction par la Commission. Mise en œuvre suspendue à la réponse.
DispenseTraitements exclus ou dispensés par la loiAucune formalité, mais les autres obligations demeurent
Arbre de décision : un traitement relève de la déclaration simple, sauf s’il porte sur des données sensibles, un numéro de CIN, des infractions, un changement de finalité ou une interconnexion de fichiers, auquel cas il relève de l’autorisation préalable.Votre traitementContient-il l’un de ces éléments ?données sensibles · numéro de CIN · infractions · autre finalité · interconnexionNonOuiDéclaration préalableFormulaire F211 ou F214Récépissé sous 24 heuresMise en œuvre immédiateAutorisation préalableFormulaire F112 ou F113Instruction par la CommissionMise en œuvre suspendue
Le choix du régime se joue sur une seule question, et une réponse positive suffit à basculer vers l’autorisation préalable.
La CNDP publie elle-même la liste. Relevé du 13 août 2026 : on y retrouve les six cas de l’article 12, dont le numéro de carte d’identité nationale.

Les six déclencheurs d’autorisation

La CNDP énumère les cas où une simple déclaration ne suffit pas. Les connaître évite de déposer le mauvais dossier et de perdre plusieurs semaines.

  1. Les données sensibles : origine raciale ou ethnique, opinion politique, conviction religieuse ou philosophique, appartenance syndicale, données de santé y compris génétiques.
  2. L’utilisation des données à d’autres fins que celles pour lesquelles elles ont été collectées.
  3. Les données génétiques, sauf lorsqu’elles sont mises en œuvre par du personnel de santé à des fins médicales.
  4. Les données portant sur des infractions, condamnations ou mesures de sûreté, sauf pour les auxiliaires de justice.
  5. Les données comportant le numéro de la carte d’identité nationale de la personne concernée.
  6. L’interconnexion de fichiers poursuivant des finalités principales différentes.

Le cinquième point piège les registres d’accueil

Relever le numéro de CIN des visiteurs fait basculer le registre d’accueil du régime de la déclaration vers celui de l’autorisation préalable. Beaucoup d’entreprises marocaines demandent la CIN par habitude, sans savoir qu’elles s’imposent ainsi la formalité la plus lourde pour une donnée dont elles n’ont presque jamais besoin. Voir le guide registre des visiteurs.

À noter une exemption expresse : la loi dispense d’autorisation les traitements mis en œuvre par une association ou un groupement à but non lucratif à caractère religieux, philosophique, politique, syndical, culturel ou sportif.

Quel formulaire, et quelles pièces

SituationFormulaireOù le trouver
Déclaration normale préalableF211Formulaires de déclaration
Déclaration simplifiée (traitement conforme à une décision)F214Formulaires de déclaration
Demande d’autorisation normaleF112Autorisation préalable
Demande d’autorisation simplifiéeF113Autorisation préalable

La pièce systématiquement exigée est le document autorisant le signataire à engager la personne morale. C’est le motif de rejet le plus banal : un dossier techniquement parfait déposé par quelqu’un qui n’a pas qualité pour engager la société.

Un transfert de données vers l’étranger relève d’une démarche distincte, décrite sur la page Demande de transfert à l’étranger. C’est un point à vérifier si votre logiciel héberge les données hors du Maroc.

Les six déclencheurs, dans le texte. Le point e) est celui qui piège les registres d’accueil : il suffit d’une colonne CIN pour basculer.

Les délais réels

Les délais publiés par la CNDP sont courts, mais il faut lire les trois ensemble pour comprendre le calendrier réel d’un projet.

ÉtapeDélaiCe que ça signifie en pratique
Délivrance du récépissé de déclaration24 heuresLa pièce que l’on vous demandera lors d’un appel d’offres ou d’un audit client
Requalification éventuelle en autorisation préalable8 joursLa CNDP peut décider que le traitement présente des dangers manifestes et exiger la procédure lourde
Dossier incompletLes délais repartent de zéroIls ne courent qu’à compter de la fourniture des pièces demandées

Ce que le délai de 8 jours implique

Obtenir un récépissé en 24 heures ne clôt pas le sujet. Tant que les 8 jours ne sont pas écoulés, la Commission peut requalifier le traitement. Pour un déploiement dont la date est contractuelle, prévoyez cette fenêtre plutôt que de la découvrir.

Les deux délais, encadrés dans le texte. Vingt-quatre heures pour le récépissé, huit jours pendant lesquels la Commission peut encore requalifier le traitement en autorisation préalable.

La cartographie préalable

L’erreur classique consiste à ouvrir le formulaire en premier. Une déclaration n’est que la mise au propre d’un inventaire. Pour chaque fichier détenu, il faut pouvoir répondre à six questions :

  • À quoi sert ce fichier ? Une finalité, en une phrase.
  • Quelles données exactement ? Champ par champ, zones de commentaire libre comprises.
  • D’où viennent-elles ? Saisie par la personne, par un salarié, ou import.
  • Qui y a accès ? Par fonction, pas par nom.
  • Combien de temps sont-elles conservées ? Selon quelle règle.
  • Sont-elles transmises à un tiers ? Prestataire, hébergeur, maison mère.

La zone de commentaire libre

C’est le champ qui fait dérailler le plus de dossiers. Une case « observations » laissée libre à la réception finit toujours par contenir une information de santé ou une remarque sur une personne. Le traitement bascule alors dans le régime de l’autorisation préalable sans que personne ne l’ait décidé.

Ce que la déclaration doit décrire, côté terrain : les points où les données sont collectées, et par quel moyen. Données de démonstration.

Un exemple de déclaration

Pour un registre de visiteurs sans donnée sensible, une déclaration bien faite tient en quelques lignes. L’exemple est volontairement resserré : la minimisation est un principe de la loi, pas une posture.

RubriqueContenu
FinalitéSécurité des personnes et des biens, traçabilité des accès au site
Personnes concernéesVisiteurs, prestataires et livreurs se présentant à l’accueil
Données collectéesNom, prénom, société d’appartenance, personne visitée, horodatage d’entrée et de sortie
DestinatairesPersonnel d’accueil, responsable sécurité, direction du site
Durée de conservationDurée justifiée par la finalité de sécurité, fixée par écrit
Sous-traitantÉditeur du logiciel, avec son pays d’hébergement
Mesures de sécuritéAccès par identifiant nominatif, cloisonnement par entreprise, journal des consultations
FormulaireF211, déclaration normale préalable

Le cas de la vidéosurveillance

Les caméras de l’accueil constituent un traitement distinct du registre, avec sa propre finalité et sa propre durée de conservation. Beaucoup d’entreprises déclarent l’un et oublient l’autre.

La CNDP a adopté une délibération dédiée : la délibération n° 350-2013 du 31 mai 2013, portant sur les conditions de mise en place d’un système de vidéosurveillance dans les lieux de travail et les lieux privés communs. Elle change la formalité applicable :

  • Si votre dispositif entre dans le cadre de la délibération, la déclaration simplifiée F214 suffit.
  • S’il en sort, il faut une demande d’autorisation préalable F112.

Dans les deux cas, deux pièces sont attendues :

  • une copie du pictogramme informant de la présence du dispositif, conforme à la mention type de la CNDP ;
  • le cas échéant, une copie du contrat de sous-traitance comportant des clauses de confidentialité.

Après la déclaration

Une déclaration décrit un traitement à un instant donné. Dès que le traitement change, elle doit être mise à jour. Trois événements l’imposent :

  • l’ajout d’un champ, par exemple une photo du visiteur ;
  • le changement de finalité, ou l’ajout d’une finalité secondaire ;
  • le changement de sous-traitant ou de pays d’hébergement.

En parallèle, l’entreprise doit pouvoir honorer les demandes des personnes concernées, dont la CNDP rappelle la teneur sur sa page Vos droits. Concrètement : extraire en quelques minutes l’historique d’un visiteur qui en fait la demande, et corriger une donnée inexacte. Un cahier papier rend ces deux opérations pratiquement impossibles.

Sachez enfin qu’une personne qui s’estime lésée peut déposer une plainte directement auprès de la Commission. C’est souvent par ce canal qu’un manquement remonte, plutôt que par un contrôle spontané.

Les erreurs les plus fréquentes

Croire que le prestataire déclare à votre place

L’éditeur d’un logiciel est sous-traitant. Il déclare ses propres traitements, pas les vôtres. L’entreprise qui collecte reste responsable de traitement.

Déposer une déclaration alors qu’il fallait une autorisation

Le cas le plus courant est celui du numéro de CIN, relevé par habitude. Le dossier est recevable en apparence, et la requalification tombe dans les 8 jours.

Déclarer une finalité trop large

« Gestion de l’entreprise » ne veut rien dire et n’autorise rien. Une finalité doit être assez précise pour qu’on puisse juger si une donnée y est nécessaire.

Oublier la vidéosurveillance

Traitement distinct, formalité distincte, pièces distinctes.

Faire signer le dossier par une personne sans pouvoir

Le document attestant du pouvoir de signature est exigé. Sans lui, le dossier est incomplet et les délais ne courent pas.

Ne pas informer les personnes

La déclaration ne dispense pas de l’information. Une mention doit être visible à l’accueil et présentée au visiteur au moment de la saisie. Un modèle de mention est fourni avec notre modèle de registre.

Sources

Questions fréquentes

Quel formulaire utiliser pour déclarer un traitement à la CNDP ?

La CNDP distingue quatre formulaires. Pour une déclaration : F211 pour la déclaration normale préalable, F214 pour la déclaration simplifiée lorsque le traitement relève d'une décision ou d'une délibération existante. Pour une autorisation préalable : F112 en version normale et F113 en version simplifiée. Le choix dépend de la nature des données traitées, pas de la taille de l'entreprise.

Combien de temps la CNDP met-elle à répondre ?

La CNDP délivre le récépissé de déclaration dans un délai de 24 heures. Elle dispose ensuite de 8 jours pour notifier au déclarant sa décision de soumettre le traitement au régime de l'autorisation préalable, si elle estime qu'il présente des dangers manifestes pour la vie privée. Si le dossier est incomplet, ces délais ne courent qu'à partir de la fourniture des pièces manquantes.

Collecter le numéro de CIN nécessite-t-il une autorisation ?

Oui. La CNDP range les traitements comportant le numéro de la carte d'identité nationale parmi ceux soumis à autorisation préalable, au même titre que les données sensibles. Un registre de visiteurs qui relève la CIN ne relève donc plus de la simple déclaration : il exige une demande d'autorisation, dont l'instruction est plus longue.

La déclaration CNDP est-elle payante ?

La formalité elle-même n'est pas facturée par la CNDP. Le coût éventuel provient de l'accompagnement juridique que l'entreprise choisit de solliciter pour cartographier ses traitements et rédiger ses mentions d'information.

Faut-il une déclaration par fichier ou une seule pour toute l’entreprise ?

Une déclaration porte sur un traitement, c'est-à-dire un ensemble d'opérations poursuivant une finalité déterminée. Une entreprise qui gère un fichier clients, un fichier du personnel, une vidéosurveillance et un registre de visiteurs poursuit quatre finalités distinctes, donc quatre traitements à déclarer.

Un logiciel SaaS dispense-t-il l’entreprise de déclarer ?

Non. L'éditeur agit comme sous-traitant, mais l'entreprise qui collecte les données reste responsable de traitement. Elle doit déclarer son propre traitement, identifier l'éditeur comme sous-traitant et mentionner le lieu d'hébergement des données.