Entreprise extérieure : encadrer une intervention sur votre site

Faire intervenir une entreprise extérieure engage votre responsabilité sur votre propre site. Le droit français organise le partage des rôles article par article ; sur le terrain, tout se joue deux fois : à l’inspection commune, avant les travaux, puis à l’entrée, quand un intervenant se présente à 7 h.

En bref

Une entreprise extérieure fait travailler son personnel dans l’établissement d’une autre, dite utilisatrice. Le droit français encadre ces interventions aux articles R. 4511-1 et suivants du Code du travail : l’entreprise qui accueille coordonne la prévention, chaque employeur restant responsable de ses propres salariés. Avant les travaux, une inspection commune des lieux réunit simultanément toutes les entreprises, sous-traitants compris, et le plan de prévention est écrit dès 400 heures d’intervention cumulées sur douze mois, ou dès la première heure pour les travaux dangereux.

Cadre de référence

Les articles et décisions cités sur cette page relèvent du droit du travail français. Une entreprise marocaine n’y est pas soumise par ces textes, mais les donneurs d’ordre internationaux les imposent par contrat à leurs sites de Casablanca comme de Tanger, et les contrôlent lors des audits fournisseurs.

Ce qu’est une entreprise extérieure

Est entreprise extérieure toute entreprise qui fait travailler son personnel, pour une opération, dans l’établissement d’une autre. La définition, que l’INRS résume dans sa fiche de synthèse, est plus large qu’on ne l’imagine. Elle vise :

  • la maintenance et les contrôles réglementaires ;
  • les travaux, y compris de courte durée ;
  • le nettoyage et l’entretien des espaces verts ;
  • l’informatique et les télécoms ;
  • le gardiennage et la sécurité ;
  • la restauration collective.

Le régime est fixé par les articles R. 4511-1 et suivants du Code du travail, précisés par la circulaire DRT n° 93-14 du 18 mars 1993, et son objet est précis : les risques nés de l’interférence entre les activités, les installations et les matériels des entreprises réunies sur un même lieu de travail. Le soudeur du prestataire et le cariste de la maison ne se connaissent pas ; c’est cette rencontre que le dispositif organise.

Trois situations relèvent d’autres régimes : le travail temporaire, les artisans au domicile des particuliers et les salariés de particuliers employeurs. Les chantiers de bâtiment soumis à coordination SPS en sont également exclus : ils obéissent au PGC et au PPSPS, décrits plus bas.

Qui est responsable de quoi

L’article R. 4511-5 confie au chef de l’entreprise utilisatrice la coordination générale des mesures de prévention. La règle a un corollaire physique que le cadre réglementaire décrit par l’INRS rend explicite : sa présence est requise à toutes les opérations de coordination, et cette mission ne se délègue ni aux intervenants ni à leurs sous-traitants. Chaque entreprise reste en revanche responsable de la protection de ses propres travailleurs (article R. 4511-6), et l’entreprise extérieure répond du défaut de qualification de ses salariés : la Cour de cassation l’a jugé dès 1994 (Cass. crim., 20 septembre 1994, n° 94-80017).

ObligationEntreprise utilisatriceEntreprise extérieure
Sécurité de son propre personnelOuiOui
Coordination générale de la prévention sur le siteOuiNon
Information sur les risques propres au siteOuiNon
Déclaration écrite préalable (dates, effectifs, sous-traitants)NonOui
Qualification et habilitation des intervenantsNonOui
Participation à l’inspection commune préalableOuiOui
Établissement du plan de préventionConjointementConjointement

La ligne qui fait la différence

« Coordination générale de la prévention » est la seule obligation qui ne se délègue pas. Une entreprise utilisatrice ne peut pas se retrancher derrière le fait que le prestataire « est un professionnel » : c’est elle qui connaît les risques de son site, et elle seule.

Les deux définitions, par l’INRS. Elles décident de tout le reste : qui coordonne, qui rédige le plan de prévention, et qui répond de l’interférence entre les activités.

Ce qui s’annonce par écrit avant les travaux

Avant l’intervention, l’article R. 4511-10 impose au chef de l’entreprise extérieure de faire connaître par écrit à l’entreprise utilisatrice :

  1. sa date d’arrivée et la durée prévisible de l’intervention ;
  2. le nombre prévisible de travailleurs affectés ;
  3. le nom et la qualification de la personne chargée de diriger l’intervention ;
  4. les noms et références de ses sous-traitants et l’identification des travaux sous-traités, avant le début de ceux-ci.

Cette liste n’a l’air de rien ; c’est pourtant exactement ce dont votre accueil a besoin le jour J : quelle entreprise doit se présenter, combien de personnes, sous la direction de qui. Une déclaration qui dort dans la messagerie du service achats laisse l’agent d’accueil deviner. Transmise au poste d’entrée, elle devient un contrôle.

L’inspection commune préalable

C’est le pivot juridique du dispositif, et l’étape la plus souvent escamotée. Avant l’établissement du plan de prévention, une inspection commune des lieux doit réunir simultanément toutes les entreprises qui concourent à l’opération, sous-traitants compris, comme le détaille la fiche INRS sur les mesures préalables à l’intervention. Simultanément : trois visites séparées ne valent pas une inspection commune, puisque c’est la rencontre des activités qui crée les risques à examiner.

L’ancienneté ne dispense de rien

La Cour de cassation refuse d’écarter l’inspection commune même quand l’entreprise extérieure est un fournisseur de longue date qui connaît parfaitement les lieux (Cass. crim., 30 avril 2002, n° 01-85652), et même quand l’entreprise souhaitait s’en dispenser (Cass. crim., 14 octobre 2003, n° 02-86376). « Il vient toutes les semaines depuis dix ans » est précisément l’argument qui ne tient pas.

Le déroulé de la visite, l’analyse des risques d’interférence et le contenu du plan qui en découle font l’objet du guide plan de prévention.

Savoir qui d’extérieur est dans les murs, à l’instant. C’est la première question posée en cas d’incident, et un cahier d’accueil n’y répond pas. Données de démonstration.

Quel document selon l’intervention

Le document d’encadrement dépend de la nature de l’opération, pas de sa durée ni de son montant.

Choix du document d’encadrement : une intervention sur site relève du plan de prévention, une opération de chargement ou de déchargement relève du protocole de sécurité.Une entreprise intervientTravaux, maintenance, nettoyageChargement ou déchargementPlan de préventionÉcrit dès 400 h sur 12 moisou dès la 1re heure si travaux dangereuxInspection commune préalableProtocole de sécuritéDès la première opérationUn protocole unique si opérations répétéesSite et transporteur le signentUne livraison qui inclut une installation relève des deux régimes.
Le critère de choix est la nature de l’opération : une intervention sur site appelle un plan de prévention, une opération de chargement ou de déchargement appelle un protocole de sécurité. Une livraison qui inclut une installation cumule les deux régimes.
Type d’opérationDocumentDéclencheur de l’écrit
Intervention sur site : maintenance, travaux, nettoyage, informatiquePlan de prévention400 heures cumulées sur 12 mois, ou dès la première heure pour les travaux dangereux de l’arrêté du 19 mars 1993
Chargement ou déchargement par un transporteurProtocole de sécuritéAvant chaque opération ; un protocole unique couvre les opérations répétitives
Intervention ponctuelle sous les seuilsCoordination obligatoire, écrit recommandéToute intervention

Le seuil des 400 heures se calcule en additionnant l’ensemble des contrats de la même opération, travaux continus ou discontinus, et non entreprise par entreprise (article R. 4512-7). C’est le point qui fait passer sous le radar les prestataires récurrents : personne ne franchit le seuil seul, l’opération le franchit.

Le protocole de sécurité (articles R. 4515-4 et R. 4515-5) remplace le plan de prévention pour les opérations de chargement et de déchargement, avec un régime propre que l’INRS décrit dans sa fiche dédiée : il déroge à l’inspection commune préalable, s’établit avant chaque opération, et un protocole unique peut couvrir les opérations répétitives portant sur les mêmes produits, aux mêmes emplacements, selon le même mode opératoire et avec les mêmes types de véhicules (articles R. 4515-3 et R. 4515-9). Le détail figure dans le guide protocole de sécurité.

Le plan annuel trop général vaut un plan absent

Le plan de prévention n’a pas de durée de validité réglementaire : il est évolutif et doit être actualisé à chaque changement, nouveaux salariés, nouvelles installations. Des entreprises ont été condamnées pour absence de plan de prévention alors qu’elles en avaient un, jugé trop général ou jamais actualisé (Cass. crim., 2 mars 2010, n° 09-84314 ; Cass. crim., 8 novembre 2011, n° 11-81422).

La frontière avec le chantier BTP

Une confusion revient sans cesse, parce que les sigles se ressemblent et que les mêmes entreprises passent d’un régime à l’autre. Le critère de partage est le lieu : une intervention dans un site en activité relève du plan de prévention ; un chantier de bâtiment ou de génie civil soumis à coordination SPS (article L. 4532-2) en est exclu et relève du PGC et du PPSPS, comme le rappelle l’OPPBTP dans sa fiche sur les conditions d’établissement des deux documents.

Sur ces chantiers, le PGC SPS est élaboré par le coordonnateur désigné par le maître d’ouvrage et organise la prévention de l’ensemble de l’opération ; le PPSPS est établi par chaque entreprise intervenante à partir des informations du PGC, puis harmonisé par le coordonnateur, un mécanisme que l’OPPBTP détaille dans son focus sur le PPSPS. Le réflexe à retenir : votre usine, votre siège ou votre clinique reçoivent des interventions, donc des plans de prévention ; le bâtiment neuf que vous faites construire à côté est un chantier, donc un PGC et des PPSPS.

Le contrôle à l’entrée

C’est là que tout le dispositif se valide ou s’effondre. Une inspection commune menée dans les règles et un plan de prévention à jour n’ont aucun effet si, le lundi à 7 h, l’agent d’accueil laisse entrer un intervenant sans savoir s’il est attendu.

Trois questions doivent trouver une réponse en quelques secondes :

  1. Cette entreprise est-elle autorisée à intervenir aujourd’hui ?
  2. L’intervention est-elle encadrée par le document requis, et est-il à jour ?
  3. Cette personne a-t-elle reçu l’accueil sécurité ?

Dans la plupart des sites, la réponse aux trois est « il faudrait appeler quelqu’un ». Comme personne n’appelle à 7 h du matin, l’intervenant entre, et le dispositif n’a plus d’existence que documentaire. Rendre ces informations disponibles au poste d’accueil est ce qui transforme une procédure en contrôle réel : voir gestion des prestataires.

Qui est intervenu, quand, et qui était encore présent en fin de journée : chaque passage horodaté et exportable transforme la présence des entreprises extérieures en pièce que l’on produit, au lieu d’un souvenir que l’on reconstitue (données de démonstration).

La sous-traitance en cascade

Vous contractez avec une entreprise. Elle sous-traite une partie. Le sous-traitant fait appel à un renfort de dernière minute. La personne qui monte sur votre toiture n’a jamais rencontré personne de votre entreprise, et n’apparaît sur aucun de vos documents.

Le droit ne laisse pourtant aucune zone grise : le sous-traitant d’une entreprise extérieure a, vis-à-vis de l’entreprise utilisatrice, les mêmes obligations de coordination que l’entreprise principale, visite préalable et plan de prévention compris. Et l’article R. 4511-10 impose de déclarer les sous-traitants, noms, références et travaux confiés, avant le début de leurs travaux : la cascade est censée s’annoncer par écrit, pas se découvrir au portail.

Deux exigences simples ferment l’écart entre ce droit et votre entrée :

  • Faire déclarer la sous-traitance avant l’intervention, l’intégrer aux documents d’encadrement et convoquer les sous-traitants à l’inspection commune, puisque leur présence simultanée y est requise.
  • Enregistrer les personnes, pas seulement les sociétés. Un registre qui indique « société X, 3 personnes » ne permet ni l’évacuation ni la reconstitution après incident.

C’est la raison pour laquelle la traçabilité nominative des présences n’est pas un détail d’intendance : c’est le seul élément qui relie un document signé au siège à une personne réelle présente sur votre site.

Sources

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une entreprise extérieure ?

Une entreprise extérieure est une entreprise qui fait intervenir son personnel dans l’établissement d’une autre entreprise, dite utilisatrice, pour y exécuter une opération : maintenance, travaux, nettoyage, informatique, gardiennage ou contrôles réglementaires. En sont exclus le travail temporaire, qui relève d’un régime propre, les artisans au domicile des particuliers, les salariés de particuliers employeurs et les chantiers de bâtiment soumis à coordination SPS, qui relèvent du PGC et du PPSPS.

Quand un plan de prévention est-il obligatoire ?

La coordination de la prévention s’impose pour toute intervention d’entreprise extérieure, quelle que soit sa durée. Le plan de prévention doit en outre être écrit dans deux cas : une opération d’au moins 400 heures de travail prévisibles sur douze mois au plus, en additionnant les contrats de toutes les entreprises de la même opération, ou des travaux figurant sur la liste des travaux dangereux de l’arrêté du 19 mars 1993, dès la première heure. Sous ces seuils, l’écrit reste recommandé pour garder la trace des mesures décidées.

Comment élaborer un plan de prévention ?

La démarche est séquencée : d’abord une inspection commune des lieux réunissant simultanément l’entreprise utilisatrice et toutes les entreprises intervenantes, sous-traitants compris, puis un échange sur les travaux, les matériels et les modes opératoires, enfin l’analyse en commun des risques d’interférence. Le plan qui en résulte est arrêté avant le début des travaux et fixe les mesures prises par chaque entreprise, les phases dangereuses, les instructions et l’organisation des secours. Il doit ensuite être actualisé pendant toute la durée de l’opération.

Quand un PPSPS est-il obligatoire ?

Le PPSPS concerne les chantiers de bâtiment ou de génie civil, pas les interventions en entreprise. Il est exigé de chaque entreprise dont les travaux concourent à un chantier soumis à plan général de coordination, et un PPSPS simplifié suffit sur les opérations de troisième catégorie pour les seules entreprises réalisant des travaux à risques particuliers (article L. 4532-9 du Code du travail). Une entreprise travaillant seule doit aussi en établir un lorsque le chantier dépasse un an et occupe plus de cinquante salariés pendant plus de dix jours.

Quelle est la différence entre un PGC et un PPSPS ?

Le PGC SPS est élaboré par le coordonnateur sécurité désigné par le maître d’ouvrage : il organise la prévention à l’échelle de tout le chantier. Le PPSPS est au contraire établi par chaque entreprise intervenante, à partir des informations du PGC, de son document unique et de l’inspection commune réalisée avec le coordonnateur, qui harmonise ensuite l’ensemble. Ces deux documents relèvent du régime des chantiers BTP et ne doivent pas être confondus avec le plan de prévention, qui régit les interventions chez un donneur d’ordre en activité.

Qui est responsable en cas d’accident d’un salarié d’entreprise extérieure ?

Chaque employeur reste responsable de la sécurité de son propre personnel. L’entreprise utilisatrice assure en outre la coordination générale de la prévention sur son site, ce qui l’expose quand l’accident résulte d’un défaut de coordination : inspection commune escamotée, plan de prévention absent ou trop général, risque d’interférence jamais signalé. L’entreprise extérieure répond de son côté de la qualification de ses salariés.